Raymond Kern (1928 – 2014)

Président de la Société Française de Minéralogie et de Cristallographie (1981)

 

Raymond Kern

 

Le Professeur Raymond Kern nous a quitté le 6 novembre 2014, après avoir perdu sa dernière bataille contre plusieurs cancers. La Science de la Croissance Cristalline a certainement perdu l’un de ses plus fameux leaders, mais c’est la riche personnalité de Kern qui nous manquera le plus.

 

 

Avec une formation académique de chimiste, il commença sa formation scientifique en 1949 au Laboratoire de Minéralogie et de Cristallographie (LMC) de Strasbourg où il présenta en 1953 sa thèse de Docteur-ès-Sciences sur la morphologie des cristaux ioniques croissant en solution. L’accent était mis sur le rôle de la sursaturation et des additifs sur les changements de morphologie des cristaux d’halogénure d’alcalins. Puis il rejoignit le LMC de Paris-Sorbone, alors dirigé par Jean Wyart, où il rencontra Hubert Curien avec lequel il travailla sur une théorie cristalline des macles. Là aussi, Raymond Kern adopta le traitement vectoriel de la cristallographie qui resta la “marque de fabrique” de ses enseignements à travers les années.

 

Il fut nommé en 1959 Professeur de Minéralogie-Cristallographie à Nancy, où il fonda son premier laboratoire. Il y étendit le sujet de la croissance en solution à la germination et approfondit le rôle clé des phénomènes d’adsorption sur les surfaces cristallines. A la faveur d’interactions pédagogiques régulières avec l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie (ENSG) de Nancy, parut en 1964 un ouvrage intitulé “Thermodynamique de base pour minéralogistes, pétrographes et géologues“, chez Masson & Cie, par Alain Weisbrod et lui-même, qui resta pendant des décennies un ouvrage de référence. Autre résultat de ses collaborations avec l’ENSG, ses travaux de recherche avec Boyan Mutaftchiev portant sur les phénomènes d’adsorption et les propriétés de mouillage débouchèrent sur une meilleure compréhension et une amélioration des procédés de traitement des minerais par flottation.

 

Raymond Kern fut nommé en 1966 à Marseille sur la chaire de Jean Royer, le découvreur du phénomène d’épitaxie entre cristaux. Il y fonda le Centre de Recherche sur les Mécanismes de la Croissance Cristalline (CRMC2-CNRS, maintenant CINaM), qui accueillit “l’âge d’or” de la croissance cristalline en France. Physiciens, chimistes, biologistes et minéralogistes s’y côtoyaient pour explorer toutes les facettes de la Science de la Croissance Cristalline, y compris ses applications industrielles et médicales. Entre autres, des expériences de germination et de croissance cristalline, de germination épitactique ou d’adsorption/désorption des surfaces cristallines y étaient menées sur des matériaux aussi divers que peuvent l’être des protéines, des paraffines, des phyllosilicates, des alliages métalliques, des calculs rénaux ou des films minces de semi-conducteurs. La réputation internationale du CRMC2 poussa Raymond Kern à co-fonder la première revue internationale consacrée à la croissance cristalline, intitulée “Journal of Crystal Growth“. Il conserva toujours un vif intérêt pour la science des cristaux, travaillant jusque dans ses derniers mois sur les phénomènes de contraintes élastiques affectant les marches des surfaces cristallines.

 

De même qu’il avait d’exceptionnelles qualités de “bâtisseur” en sciences, Raymond Kern avait une très forte personnalité. Il était impossible d’être neutre à son égard : appréciation ou aversion étaient les seuls choix possible. La porte de son bureau était toujours ouverte à quiconque souhaitait partager des problèmes scientifiques ou personnels ; dans les deux cas, il aidait toujours. Il aimait la musique classique, la littérature, le jardinage et la bonne chère qu’il partageait avec nous lorsqu’il était encore en bonne santé, mais il ignorait la télévision et détesta les ordinateurs jusqu’à la fin !

 

Raymond Kern laissera ainsi un souvenir inoubliable à beaucoup d’entre nous, que nous soyons impliqués dans la science ou fascinés par les personnalités d’exception.

 

 

Alain Baronnet

Aix-Marseille Université

Centre Interdisciplinaire de Nanoscience de Marseille (CINaM)